Deux questions de l'OIG à Paul Ariès

 

OIG : s'agit-il de rendre gratuits les services existants ?

Paul Ariès : poser la question de la gratuité c'est inmanquablement poser aussi celle du contenu du service public. Dit autrement, il ne s'agit pas de rendre gratuit ce qui existe mais d'inventer de nouveaux contenus socialement et écologiquement soutenables.

Un exemple : rendre l'eau vitale gratuite c'est l'occasion de reprendre le main sur la conception du service, supprimer par exemple le gaspillage de 40 % de l'eau en raison des fuites dans le réseau. Ce qui est vrai pour l'eau l'est pour l'ensemble des services !

OIG : Peut-on espérer transformer la société en rendant le service public gratuit ?

Paul Ariès : Nous voulons en effet mettre en mouvement toute la société pour marcher vers davantage de justice. Cela ne pourra se faire cependant ni contre les gens ni même sans eux. Il faut impérativement que les gens y trouvent davantage de bonheur. Nous sommes donc bien du côté de l'Utopie mais d'une utopie pratique nécessairement plurielle. .Peu importe ici que l'on choisisse de parler d'objection de croissance, de société du Bien vivre, de transition écologique, d'éco-socialisme..

 

France Libertés

Eau : le grand gaspillage

Opération Transparence : le palmarès des fuites dans les 101 préfectures de France


Communiqué de presse, 20 mars 2014

850 000 km de canalisations acheminent chaque jour l’eau potable à 65 millions de Français. Ce patrimoine public joue un rôle déterminant en termes de préservation de la ressource et de protection de la santé humaine, mais il souffre de nombreux dysfonctionnements. Les fuites sont nombreuses et, chaque année, 1,3 milliard de mètres cubes d’eau traités par les usines n’arrivent jamais au robinet. Soit 20 % des volumes perdus, mais payés par les consommateurs, même si c’est invisible sur les factures !

Dans le cadre de leur Opération transparence commune sur l’eau, la fondation Danielle Mitterrand France Libertés et 60 millions de consommateurs publient le palmarès des fuites dans les grandes villes françaises. Ce classement a été établi à partir des données 2011 de la base statistique de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) et des rapports annuels locaux sur le prix et la qualité du service de l’eau, ainsi que des informations directement fournies par les collectivités.

Deux préfectures sur trois n’atteignent pas l’objectif national

Le bilan parle de lui-même. Parmi les 96 préfectures (sur 101) dont les données ont pu être récupérées :
Deux préfectures sur trois n’atteignent pas l’objectif national fixé par la loi Grenelle II de 2010, visant à limiter le taux de fuites à 15 % de l’eau produite.
Dans un quart des préfectures, le taux dépasse de fuites dépasse même les 25 %. C’est notamment le cas, en métropole, à Digne-les-Bains (54 %), Bar-le-Duc (48 %) ou Nîmes (37 %), Tulle ou Evreux (36 %), ainsi que, dans les DOM, à Basse-Terre (55 %), Saint-Denis-de-la-Réunion (46 %) ou Fort-de-France (41 %).
Dans le haut du classement, on trouve 33 préfectures avec un taux variant de 4 % à 15 %. Deux villes se hissent sur la première marche du podium : Le Mans et Rennes (4 %), devant Blois (5%), Orléans et Moulins (7%).
 

Plus on tarde, plus la facture sera lourde

Pour rénover canalisations et branchements, encore faut-il connaître leur état,. Le décret n° 2012-97 du 27 janvier 2012 obligeait les services de l’eau à dresser un descriptif très détaillé de leur réseau avant le 31 décembre 2013. Or nombre d’entre eux sont en retard.

À la veille des élections municipales et de la journée mondiale de l’eau, France Libertés et 60 millions de consommateurs s’inquiètent de l’état du réseau et de l’incapacité qu’ont de nombreuses collectivités à anticiper les travaux à venir. L’enjeu financier de la rénovation du réseau est colossal : il faudrait engager entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an pour réaliser les travaux nécessaires partout en France, soit plus du double du rythme actuel. Et plus les élus attendent, plus la situation s’aggrave et plus grand est le risque de devoir agir dans l’urgence, endetter la collectivité et augmenter fortement la facture des usagers.
Au-delà de l’aspect économique, une question sanitaire est aussi en jeu : le vieillissement des réseaux peut aussi menacer la qualité de l’eau potable, qu’il s’agisse d’anciens branchements en plomb ou de canalisations plus récentes en PVC, susceptibles de relarguer des composés plastiques dans l’eau du robinet.

Pour une remise à plat de la politique de l’eau

Des solutions existent pourtant, permettant de concilier les nécessaires travaux de remplacement et le maintien d’un prix abordable pour le consommateur. C’est le cas en Vendée, où la mutualisation des moyens, permet d’optimiser la gestion du réseau, sans surcoût pour l’utilisateur.

À l’issue de la troisième année de leur Opération transparence commune sur l’eau, France Libertés et 60 millions de consommateurs plaident une nouvelle fois pour une remise à plat complète de la politique de l’eau. Sans vision à long terme, la situation pourrait devenir dramatique pour la pérennité du service public de l’eau en France.
 

EN QUELQUES CHIFFRES

> 850 000 km de canalisations assurent la distribution de l’eau potable (hors branchements).
> 1/3 des grandes villes ont un taux de fuite supérieur à 25 %.
> Durée de vie moyenne d’une canalisation : 75 ans.
> 1,5 à 2 milliards d’investissements sont nécessaires pour renouveler le réseau ; de 0,7 à 0,8 milliard sont effectivement réalisés aujourd’hui.
> Coût de remplacement d’un kilomètre de canalisation en ville : 400 000 à 800 000 €

 

 

Gaspillage de l'eau

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Gaspillage de l'eau...mais aussi de l'énergie

Gaspillage d'énergie dans l'éclairage public

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Un exemple : l'éclairage de nuit

Sortir du nucléaire n°47 - Automne 2010

Alternatives

Trop d’éclairage nuit !

Que faire avec l’électricité produite la nuit par les centrales nucléaires ? De la pollution lumineuse. Pourtant des solutions simples permettent de limiter l’impact de l’éclairage extérieur sur la vie nocturne. Et d’économiser l’énergie.

La pollution lumineuse, c’est la dégradation de l’environnement causée par l’excès d’éclairage artificiel visible en extérieur. Cette pollution est due à l’éclairage public inutile, au sur-éclairage, au mauvais matériel, aux durées d’éclairement trop longues…

L’éclairage public représente 5,6 milliards de kWh/an en France. La consommation par an et par habitant est passée de 70 kWh en 1990 à 92 kWh en 2005. Pourtant, les lampes sont de plus en plus efficaces : la consommation par personne aurait donc dû baisser. Mais le nombre de "points lumineux" (lampadaires, spots et autres projecteurs) a augmenté de 30 % par habitant en dix ans. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des éclairages commerciaux, des publicités lumineuses et des parkings vides éclairés toute la nuit… En Allemagne, la consommation pour l’éclairage public est de 43 kWh/an/habitant. Soit moins de la moitié !

La pollution lumineuse a de nombreux impacts négatifs :

- Gaspillage et production excessive de CO2


Eclairages inutiles, lampes trop puissantes, lampadaires inutilement rapprochés, durées d’éclairement trop longues... toutes ces pratiques sont source de gaspillage d’énergie. Le sur-éclairage provoque aussi une consommation excessive de matériel et donc de matières premières, et engendre des déchets (notamment les lampes à vapeur de mercure). Tout ceci produit du CO2 : l’ADEME a établi qu’en moyenne, sur 2002 à 2006 en France, 1kWh d’électricité pour l’éclairage public produit 119g de CO2.

- Diminution de la biodiversité

La nuit est un espace vital pour les espèces nocturnes. Elle permet de passer plus facilement inaperçu aux yeux des prédateurs, et offre des conditions plus favorables aux espèces qui régulent mal leur température ou sont sensibles à la sécheresse de l’air. De nombreux prédateurs se sont aussi mis à vivre la nuit, à tel point que 80 % de ce qui vit sur terre est nocturne.

Nous humains, mammifères diurnes, connaissons très mal le continent de la nuit… Nous ignorons ou minimisons les conséquences des éclairages publics, commerciaux et industriels qui produisent une pollution lumineuse très préjudiciable à la biodiversité.
L’illumination d’espaces naturels bouleverse le milieu animal et végétal qui y vit. En campagne, l’éclairage des routes, ronds-points ou hameaux dresse des barrières lumineuses, provoquant une fragmentation des territoires qui affaiblit les populations animales (mammifères, batraciens). La lumière artificielle piège les animaux nocturnes tels qu’insectes, papillons, batraciens ou poissons. Elle perturbe également les migrations animales, que ce soit des oiseaux, des papillons, des insectes ou des mammifères.

Pourtant, hors agglomération, l’éclairage des routes est contre-productif : les accidents sont plus graves d’après des études des ministères des Transports belge et français. Et l’éclairage des ronds-points est en "conflit" visuel avec la signalisation routière : l’œil voit moins bien les panneaux réfléchissants.


- Atteintes à la santé humaine et au confort

En ville, l’éclairage éblouissant dérange fortement les malvoyants et les personnes âgées, notamment les spots encastrés dans le sol. Le sur-éclairage produit des zones d’ombres "noires" trop contrastées pour l’œil.

La lumière intrusive qui pénètre dans les habitations détériore la qualité du sommeil, diminue la production de mélatonine (une hormone produite par le corps humain uniquement dans le noir) et affaiblit nos défenses immunitaires. Toute cette lumière empêche d’ouvrir les volets l’été pour un rafraîchissement naturel et confortable des dormeurs. De nombreux foyers, barricadés derrière leurs volets roulants, installent la climatisation.
Enfin, le dôme de pollution lumineuse au-dessus des villes coupe les humains du spectacle des étoiles et de la voûte céleste et interdit l’astronomie amateur.

Des solutions simples existent

Que faire pour limiter la pollution lumineuse ? Eteindre un lampadaire sur deux ? Diminuer l’intensité lumineuse en cours de nuit ? Faire de la "gestion de flux" ?

Les solutions les plus simples sont : éclairage bien dirigé, puissance des ampoules et durées d’éclairement limitées, zones d’éclairage limitées. Autant favoriser la simplicité, sans électronique et technologies complexes. Avant tout équipement ou renouvellement d’installation, il faut surtout réfléchir en reprenant le problème à la base : pourquoi éclairer ? quand éclairer ? comment éclairer ?

Les communes ne devraient pas laisser les vendeurs-éclairagistes continuer à planter une forêt de lampadaires : on peut limiter le nombre, la hauteur et la puissance des points lumineux, lampadaires ou bornes lumineuses. Aucune norme n’est à respecter en France, les éclairagistes présentant la norme européenne EN 13201 comme obligatoire trompent les élus. Cette norme est de type "commercial", elle a été mise au point par l’association française de l’éclairage (AFE) qui regroupe les industriels de l’éclairage et EDF. Bien sûr, les seuils d’éclairage définis sont trop forts. Mais certains petits villages gaulois font de la résistance et n’ont pas d’éclairage public, par exemple Yquebeuf près de Rouen. Et cela en toute légalité.

Un vrai remède : l’extinction en milieu de nuit

Les éclairagistes et EDF n’aiment pas du tout cette solution. Pourtant, couper l’éclairage en milieu de nuit permet d’économiser l’électricité, le matériel et la maintenance.
En éteignant l’éclairage public entre 23h et 5h, le nombre d’heures d’éclairage passe de 4000 à 2000h par an. Les communes qui ont mis en pratique ce principe divisent ainsi par deux leur consommation électrique en éclairage public. Or ce poste de dépense représente en moyenne la moitié de l’électricité consommée par la ville (le reste étant le chauffage et l’éclairage à l’intérieur des bâtiments communaux, écoles, mairies, salles de sport, etc.). Elles économisent également sur le matériel (les lampes durent deux fois plus longtemps) et la maintenance (le changement des lampes peut coûter très cher quand les lampadaires sont très hauts et nécessitent une intervention en nacelle pour changer les ampoules).

Beaucoup de communes rurales en Bretagne et dans les Pays de Loire éteignent en milieu de nuit, mais c’est l’exception dans le Sud-Est de la France. A votre avis pourquoi ? Dans ces régions, EDF a incité les communes à laisser leur éclairage allumé toute la nuit car… les centrales nucléaires ne s’arrêtent pas. Les communes de l’Ouest ont été moins sollicitées car ces régions sont plutôt déficitaires en production électrique. Le conditionnement est tel que, dans l’Est, de nombreux maires ne savent pas qu’ils ont le droit d’éteindre ! De plus les éclairagistes et certains syndicats d’électrification leur déconseillent d’éteindre et font courir des rumeurs sur leur responsabilité qui serait engagée en cas d’accident. Le service juridique de la fédération nationale des syndicats d’électrification a été obligé de reconnaître que "cette responsabilité d’éclairer n’est pas une obligation : il appartient au maire de décider quel espace doit recevoir un éclairage ou non. L’arrêt de l’éclairage public la nuit ne constituant pas un risque avéré pour les communes, il est tout à fait envisageable de couper l’éclairage public."

L’éclairage public n’est pas seul en cause, il y a aussi l’éclairage commercial et celui des zones industrielles. Là aussi les élus peuvent agir : un arrêté municipal peut limiter les horaires autorisés pour les éclairages privés commerciaux et industriels.
Un exemple : 10000 € d’économies par an

A Bouray-sur-Juine (Essonne, 1900 habitants), la dépense électrique était de 40 000 € par an, dont 20 000 € pour l’éclairage public. Grâce à l’extinction nocturne des lampadaires à minuit : 10000 € d’économie sur la facture énergétique.

- Plus d’informations : livret "Trop d’éclairage nuit" édité par la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature) à télécharger sur le site www.frapna.org

- Pour participer à l’amélioration de l’environnement nocturne : www.jourdelanuit.fr
Véronique Clérin

Un cas concret : les Illuminations de Noël

<iframe frameborder="0" width="480" height="270" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x1ajqqv" allowfullscreen></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/x1ajqqv_illuminations-de-noel-le-gaspillage-d-energie-se-reduit_news" target="_blank">Illuminations de No&euml;l : le gaspillage d&#039;&eacute;nergie...</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/actu-environnement" target="_blank">actu-environnement</a></i>

 

 

Transformer par une réflexion sur nos choix de vie (production et usage). Exemple :  Tout ne peut être gratuit : ne faut-il mieux pas choisir la gratuité des transports en commun urbains contre la gratuité du stationnement pour les voitures

Rendre la santé gratuité suppose aussi de repenser la médecine.
Inspirons nous des alternatives dans ce domaine..ici et ailleurs.
Exemple : le réseau Tramil développe des alternatives aux pétro-médicaments grâce à la renaissance des médecines traditionnelles.

 

Rendre l’école gratuite suppose de repenser le système éducatif

Inspirons nous des alternatives ici et ailleurs

Exemple : les pédagogies Freynet

     

Quelle énergie ?

Quel transport ?

Quelle éducation ?

 

Quelle santé gratuite ?

exemple : l'expérience du réseau TRAMIL

 

Rencontre avec Emmanuel Nossin,
pharmacien dans la commune du
Prêcheur, coordinateur général du
réseau international TRAMIL
(Programme de recherche appliquée
à l'usage populaire des
plantes médicinales dans la Caraïbe).

L’objectif du réseau TRAMIL est de
revisiter la médecine traditionnelle, de
valider notamment sa pharmacopée.
Ce réseau est implanté dans 32 pays et son
siège est à Saint Domingue. TRAMIL est
reconnu par 12 gouvernements. Il propose
depuis 1981 une véritable altermédecine.
TRAMIL a publié notamment « Une
pharmacopée végétale caribéenne », sa
« bible » contre les pétro-médicaments. La
pharmacopée occidentale a été basée sur
la médecine holistique et a laissé de côté
99 % de la biodiversité. Ecoutons tout d’abord
Emmanuel Nossin nous parler du projet
global de TRAMIL : « Nous devons construire
une alternative à la biomédecine, aux
pétro-médicaments. Nous devons pour cela
faire reconnaître les phyto-médicaments.
Nous devons en préserver la dimension de
« biens communs » de l’humanité contre
l’avidité des firmes. Nous ne partons pas de
rien pour développer cette autre médecine.
Nous partons bien sûr des traditions mais
aussi des expériences menées au Honduras,
avant le coup d’Etat, au Nicaragua, en
Equateur, en Bolivie, à Cuba. A Cuba
les médecins ont deux bibles, le Vidal
(pharmacopée occidentale) et le TRAMIL
(pharmacopée traditionnelle), il y a aussi
deux réseaux de pharmacie (celui pour
les pétro-médicaments et celui pour la
pharmacopée traditionnelle).
Au Honduras, les putschistes ont détruit les
jardins communautaires qui permettaient
de cultiver des plantes médicinales. Cette
médecine traditionnelle reste largement
une médecine orale car comme le disent
des dictons « Ecrire, c’est maudire,
écrire c’est tuer » c'est-à-dire figer. La
législation européenne peut être dans
ce secteur, contrairement au système
français, une chance, car elle oblige à
reconsidérer les normes. Serge Letchimy
a fait beaucoup à l’Assemblée nationale
pour la reconnaissance de la pharmacopée
des DOM/TOM. La grande différence avec
la pharmacopée française c’est qu’il
s’agit toujours d’un usage partagé. Cela
vient de loin : il n’y avait pas en effet
de médecins dans les « Habitations »
(grands domaines esclavagistes), le savoir
était obligatoirement partagé. Il faut
une libération de la pharmacopée. Il
faut sauver la pharmacopée comme bien
commun de l’humanité. »
L’objectif de TRAMIL n’est pas de
supprimer la médecine biologique mais
de faire reconnaitre la liberté de choix.
Il s’agit d’opposer les phyto-médicaments
aux pétro-médicaments, aux médicaments
chimiques des grands labos. La solution
consiste actuellement à faire passer
les phyto-médicaments comme des
compléments alimentaires. Ils ne sont donc
pas remboursés ce qui est déjà injuste. La
médecine traditionnelle accepte les autres
systèmes. Elle les métisse, contrairement
à la biomédecine occidentale. L’enjeu est
d’abord de faire reconnaitre juridiquement
le phyto-médicament et d’ouvrir des
centres de soins traditionnels. Emmanuel
Nossin nous met en garde : il s’agit de faire
reconnaitre le phyto-médicament sans
créer pour autant la possibilité de recréer
un monopole pharmaceutique. TRAMIL
propose diverses actions immédiates :
mettre en place une pharmacopée d’urgence
à partir d’une quarantaine de plantes. Cette
pharmacopée d’urgence existe déjà à Cuba.
Elle doit concerner demain en Martinique
les villages, les écoles, les familles, les
centres sociaux, etc. Il s’agit de mettre en
place aussi des jardins communautaires qui
seraient à la fois des jardins d’alicaments
et des plantothèques. Il s’agit également de
mettre en place des apothicaires créoles
sur le modèle des tisaneurs réunionnais, ils
peuvent être formés très vite en Martinique
sous la forme de VAE (validation des
acquis).
Le but serait de mailler le territoire de ces
apothicaires locaux notamment dans les

quartiers populaires. On peut envisager de
créer des centres de production (comme
celui mis en place à Bellem au Brésil) afin
de développer cette pharmacopée sous
toutes ses formes (formes fraîches, sèches,
en teinture, en comprimés). Il s’agit aussi de
mettre en place des pépiniéristes médicaux
capables de fournir une cinquantaine
d’herbes vendues en pot. Comme nous le dit
Emmanuel Nossin : « Le Sud doit faire ce qu’il
a toujours fait et pour cela jeter un regard
moderne sur les médecines traditionnelles,
c'est-à-dire valider scientifiquement
les connaissances traditionnelles afin
d’en faire une médecine primaire, une
médecine de premiers soins (…) »
Ce changement concerne non seulement
les pharmacopées mais la vision des
maladies et des malades. Cette médecine
traditionnelle martiniquaise repose sur une
vision du corps spécifique assez éloignée
du corps cartésien (lui-même contrecoup
de l’ancienne vision religieuse). Cette
vision martiniquaise concerne la façon
dont le corps fonctionne et dysfonctionne,
le vieillissement et la mort. Le corps
créole est différent du corps chinois ou
occidental. Il n’est pas habité de la même
façon. Il n’est pas dit de la même façon. Ne
pas connaitre cette anatomie créole c’est
ne pas être capable de comprendre ce que
disent les malades... C’est ne pas comprendre
que la maladie est vécue profondément
comme la transgression d’un tabou. Le
terme même de maladie n’existe donc pas
au même titre au sein de la biomédecine
et au sein des médecines traditionnelles.
L’idée de base dans la médecine créole est
celle d’un déséquilibre donc de la nécessité
d’un rééquilibrage. Cette trame holistique
fonctionne spontanément dans toutes les
Caraïbes. On continue ainsi à pratiquer la
médecine traditionnelle sans le savoir dans
la façon d’aménager sa maison, son jardin,
dans la façon de manger, dans la pratique
des bains, etc. Emmanuel Nossin insiste :
« Nous restons en Martinique une société
du symbolique. Les plantes autour des
maisons servent à communiquer des
choses. On continue aussi à faire des bains
de feuillages, à utiliser la fumée du tabac,
bref le chamanisme n’a pas totalement
disparu avec la modernité. Tout cela fait
partie des médiations nécessaires avec le
cosmos » , « La médecine biologique ne
prend en compte que la maladie et non
l’individu. La médecine traditionnelle tient
compte de l’intégration de la personne dans
sa communauté. Nous voisinons presque ici
avec la notion, de santé sociale. Nous allons
par exemple renforcer la socialisation
à travers le choix d’ingrédients qu’il est
impossible de se procurer seul. » p
A lire : Emmanuel Nossin, Le rêve du
Mansferry, Exbrayat (un Thrilleur au coeur
d’une Martinique assiégée par les thuriféraires
de la révolution française triomphante.

 

 Pour aller plus loin

Le site : http://www.tramil.net/francais/tramil_manioc.html

Conférence Emmanuel Nossin


Conférence d'Emmanuel Nossin "Les plantes... par VilleRobert